Je vais chez mon marchand de fruits sans idée préconçue de ce que je vais acheter. Je reviens à la maison avec un kilo de banane, un kilo de mangue et un kilo de litchi. Gloire.
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Thaïs aperçoit souvent un vieil anglais à la mine antipathique au restaurant situé à deux pas de son bureau. Les volontaires précédents lui ont confié ne pas le tenir en haute opinion. Il y a deux semaines environ, l’homme est en train de manger ses momos (dim sums tibétains) d’un air renfrogné quand une jeune népalaise de moins de vingt ans entre et se dirige directement vers lui. Elle est accompagnée de deux jeunes enfants.
Apercevant la surprise évidente de l’homme, elle le rassure avec un large sourire : « These are my little sister and my little brother ». L’anglais se détend un peu, alors qu’elle s’installe à côté de lui. Il ne connait pas suffisamment de népalais – ou peut-être n’en a-t-il rien à foutre – pour faire un cas du fait que les enfants appellent leur « grande sœur » amaa (maman)…
Alors que le reste des clients du restaurants enfilent leurs pakaudas, thukpas et leur chow meins, la jeune népalaise glisse une main dans le pantalon du vieil homme et se met à la masturber vigoureusement. Le sourire quitte la jeune femme pour se retrouver sur le visage de l’anglais, qui étend rapidement sa semence dans son pantalon. La népalaise jette un regard aux alentours, fait mine de renverser un verre d’eau, puis s’affaire à nettoyer le tout. Une fois le travail sommairement terminé, le vieux pervers bondit sur ses pieds, ragaillardi : « Excellent. This was excellent. You come home now. You come to my home now ».
Jamais les clients réguliers du restaurant n’ont vu le vieux bonhomme, d’habitude taciturne, aussi fébrile et énergique. Ce dernier s’empresse de payer son repas et de quitter les lieux avec la jeune prostituée, portant fièrement la grande tache d’eau au centre de son pantalon. Misère.
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Comme les débits de boisson doivent théoriquement tous fermer à 11 heures du soir, les discothèques ne courent pas les rues à Katmandou. Nous avons néanmoins récemment découvert le Funky Bouddha, une des deux ou trois boîtes semblant faire exception à la règle.
Petit, sombre et n’offrant aucun siège autre que le bar et quelques tabourets, l’endroit ressemble davantage aux bars dansants que l’on retrouve dans les petites villes « de région » du Québec qu’à une discothèque de métropole. La ressemblance est troublante, en fait : même petits kits de lasers un peu quétaine, même barman affalé sur son comptoir, même DJ trop jeune et trop absorbé dans son rôle au coin de la piste de danse… Les hauts parleurs crachaient le hit du canadien Justin Bieber quand nous sommes arrivées, c’est tout dire…
Une différence, toute népalaise, marque cependant : le débalancement entre la proportion d’hommes et de femmes. Pour vingt cinq népalais, je compte sept népalaises – quatre seulement en excluant les travestis du lot.
Qu’à cela ne tienne, l’atmosphère est bon enfant et pratiquement tout le monde danse sans gène. Le manque d’inhibition est contagieux et nous joignons rapidement la petite foule. Soudainement, après quelques chansons américaines, le DJ se met à faire jouer les tubes bollywoodiens de l’été. Nous les connaissons par cœur pour les avoirs entendus plusieurs fois à la radio, dans les autobus et sur MTV Inde. Notre danse gagne de l’ardeur; nous revoilà enfin à Katmandou, à l’autre bout du monde. Gloire.
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Une infirmière espagnole de notre connaissance travaille présentement dans une clinique de quartier de Katmandou. Les histoires qu’elle nous raconte sur sa clinique, pourtant financée en bonne partie par des donneurs occidentaux, sont souvent déroutantes : médicaments entreposés dans une dépense qui fait aussi office de cuisine (au diable le contrôle de la température!); seringues usées, bandages souillés et autres déchets médicaux placés dans les poubelles normales depuis le bris de l’incinérateur il y a quelques semaines; techniciens de laboratoire manipulant les échantillons de sang, de salive, d’urine et merde sans gants…
Certaines histoires font plus mal au cœur que d’autres, ceci dit, comme celle de ce petit garçon de neuf ans venue à la clinique la semaine dernière couvert de plaies purulentes. Dans le meilleur des cas, s’est dit l’infirmière espagnole en le voyant arrivée, le garçon est infesté de parasites qui lui déchirent l’épiderme. Le plus probable, bien sûr, c’est qu’il est gravement atteint du sida…
La docteur, souffrant d’embonpoint et restant bien assise derrière son bureau, arrêta pourtant son diagnostic rapidement, sans occultation ni test : allergies. Prenez ces pilules et tout rentrera dans l’ordre. Cela fera 20 roupies pour la visite et 50 roupies pour les antihistaminiques, merci, bonsoir. Misère.