Il fait chaud et humide, mais la mousson se fait toujours attendre. Les météorologues locaux à la télévision, qui en suivent le parcours comme les météorologues américains suivent l’arrivée des tornades, nous l’avait pourtant annoncé pour le 15 juin. Les expatriés comme nous ne s’en soucient guère, puisque pour nous la nouvelle n’annonce rien de plus que des nuits plus collantes. Mais pour les habitants de la région, cela veut dire de plus long délais avant la récolte du riz et le risque, angoissant, de voir les plantations ruinées et la famine s’installer pour une année. Que garne (que faire), je vous le demande?
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J’ai écris le paragraphe précédent lundi. Évidemment, deux jours plus tard c’était le déluge. Lorsque l’orage a éclaté, je me suis réfugié dans une petite librairie. J’y ai fait quelques achats puis, au moment de sortir, me suis aperçu que la rue était complètement inondée. Un homme poussait son rickshaw avec de l’eau jusqu’au mollet. Un touriste effrayé se secouait la tête en se demandant s’il devait plonger ou non. Moi, j’ai fais demi-tour jusqu’au restaurant situé à l’arrière, me suis commandé un café et une crêpe, et me suis promis de ne pas sortir de la avant que l’averse soit complètement passée. Une heure plus tard, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : il se pouvait que l’orage n’arrête pas avant la tombée de la nuit.
J’ai donc pris mon courage à deux main et décidé de faire preuve d’ingéniosité. J’ai retiré mes achats des sacs de plastique dans lesquels on les avait placés au comptoir, et entrepris de me fabriquer des bottes de fortunes. Après m’être attaché un sac à chaque pied, je me suis dirigé vers la sortie. Floush, floush, floush. Mes « bottes » faisaient un bruit d’enfer en frottant contre le tapis du plancher. J’avais l’air d’un touriste, d’un gora de la pire espèce. Floush, floush, floush. On me regardait l’air taquin. Verra bien qui rira le dernier, que je me suis dit. Floush, floush, floush.
Arrivée à la porte, ô surprise, la rue était complètement vidée. Cela devait être relié à une question de débit : l’eau n’avait probablement pas le temps de s’écouler au début de l’averse, mais maintenant que la pluie avec quelque peu ralentie, les canalisations faisaient leur travail adéquatement. J’ai retiré mes sacs de plastique l’air penaud. Le garçon au comptoir avait transformé son air taquin en large sourire.
Bah! Juste une autre fois où j’ai eu l’air fou, ai-je pensé, à ajouter à la longue liste des fois où j’ai eu l’air fou dans ma vie… Je suis parti sous la pluie avec le sourire.