Vous avez-vu le film The Hurt Locker? Si oui, vous comprendrez ma surprise quand, cette semaine, j’ai vu un militaire vêtu d’une tenue complète de démineur se tenir au milieu d’une foule de népalais incrédule. J’étais dans un autobus en direction de mon travail. Quelques minutes auparavant, Thaïs m’avait appelé sur mon cellulaire. « Tu risques d’être pris dans un bouchon de circulation, » m’avait-elle dit en substance, « Une bombe vient d’exploser devant mon bureau ».
En effet, en balayant la scène du regard j’aperçu rapidement les débris d’une voiture éclatée; il ne restait qu’une charpente de métal déformée et fondue. Plus tard dans la journée, en lisant les journaux en ligne, j’appris qu’un groupe se nommant « Népal libre », inconnu des autorités jusqu’alors, avait revendiqué l’attentat.
La bombe a fait quatre blessés, quelques dommages aux commerces avoisinants, mais heureusement aucun mort. Les terroristes ont par contre avertis que d’autres « représailles » étaient à prévoir suite à ce « coup de pratique ». Leurs objectifs? Dénoncer le dépassement de la date limite pour la signature de la constitution et la « mascarade » que constitue l’année supplémentaire que se sont accordés récemment les parlementaires.
La police a fait plusieurs arrestations dans la journée. On ne sait pas si la bombe était l’œuvre d’un petit groupe d’exaltés maintenant sous les verrous, où le début d’une campagne plus soutenue. Personnellement, je penche pour la première option.
Le fait le plus surprenant reste l’indifférence totale de la population népalaise face aux événements. Si la bombe n’avait pas explosée à deux édifices du bureau de Thaïs, et si je n’avais pas pris l’autobus ce matin là un peu en retard, nous n’aurions probablement jamais eu connaissance de son explosion. Personne n’en a parlé au bureau. Les médias ont fait quelques articles et sont passés à autres choses. Au Québec, on en aurait probablement parlé pendant des mois…
Il est vrai qu’à la hauteur des problèmes du pays, cette mésaventure ne méritait probablement pas plus. Il n’y a pas eu de morts alors que des conflits politiques continuent d’en faire tous les jours dans les campagnes, quand ce n’est pas la malnutrition, des accidents stupides sur la route où des maladies que je croyais éteintes comme la tuberculose ou le choléra…
Mais je suis en train de devenir trop cynique… Cette journée là, après des mois de silence, même durant la grève générale illimitée et les menaces de coup d’état, La Presse a enfin publié un article sur le Népal. J’ai d’ailleurs fait un « print screen » pour marquer ce rare événement :

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Il faut dire que la fièvre du Mondial s’est vraiment emparée du pays, comme c’est le cas j’imagine au Canada. Du pain et des jeux, comme disait l’autre… Nous sommes allés voir le match d’ouverture dans un bar remplis à craquer hier et, comme se plaisent à répéter les journalistes, il est vrai qu’il y a peu de symbole de la mondialisation aussi puissant que cette compétition. Nous aurions pu être à la Cage aux sports, dans un pub anglais ou un bar espagnol, l’ambiance aurait été en tout point similaire : bière qui coule à flot, fans vêtus des chandails de leurs idoles, drapeaux de toutes les nations participantes accrochés aux murs, hurlements de foule dès la mise au jeu du ballon, musique tonitruante de Shakira, la star pop mondiale de toutes les stars pop mondiales…
C’est à peine si j’ai pu noter deux petites différences : une chaleur étouffante (même dans le bar relativement chic où nous étions, il n’y avait pas de fans et encore moins d’air climatisé) et une drôle de propension à applaudir et à chahuter quand la caméra effectue un zoom/ralentit sur le visage d’un coach ou d’un joueur grimaçant d’émotions.
Nous ne bouderons pas notre plaisir, ceci dit, et allons suivre le tournois avec l’avidité de nos nouveaux compatriotes. Ce soir, nous avons organisé un party de visionnement chez la voisine et j’imagine que nous irons voir plusieurs matchs cette semaine. Voilà qui devrait nous aider à passer à travers la première moitié de la saison des pluies sans trop de peine…