L’autre jour, en me préparant à passer la nuit dans un village Népalais, je me rends compte que j’ai oublié ma pâte à dent. Je descend donc à la réception de l’auberge où nous logeons, qui fait aussi office de petit dépanneur donnant sur la rue. Sachant à quel point je baragouine mal la langue locale, je me contente de pointer le plus petit tube de dentifrice que j’aperçois. Le « sahuji » me tends le produit, dont je reconnais la marque indienne – j’achète quelques fois les jus de cette compagnie.
Satisfait, je paie mes 25 sous canadiens et remonte à ma chambre. Sans trop faire attention, je dépose une généreuse portion de pâte sur ma brosse. J’entame le lavage… avant de tout recracher d’un coup. Pouah! J’ai l’impression d’avoir pris une bonne lichée de « tiger balm », l’antiphlogistine locale. Un coup d’œil sur les ingrédients listés sur l’emballage m’explique ma méprise : « recette ayurvédique authentique, avec extraits de clous Piper longum (poivre long), zingiber officinale (gingembre), zanthoxylum armatum (rutaceae), syzygium aromaticum (girofle), cinnamomum camphora (camphre)…». Cela m’apprendra à ne pas exiger Colgate Vent de Fraîcheur!
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Séance de photo officielle devant les Himalayas, à la campagne, par une belle journée ensoleillée. La rencontre dont nous sortons fut totalement improductive, et, échaudé par la perte de temps monumentale, je sombre intérieurement dans le cynisme en me disant que pour les organisateurs ce n’est probablement qu’un moindre mal. Il y en pour qui en développement international, après tout, ce qui compte n’est pas tant le progrès réellement accompli que celui qui peut se rapporter aux donneurs, soit dans ce cas-ci la liste de participants et la photo exotique.
Entre la quatorzième et la quinzième prise, un collège attire mon attention, sourire en coin, sur la rangée d’arbustes devant laquelle nous posons : de beaux plants de marijuanas sauvages, biens mûrs et biens odorants (Ah! La célèbre biodiversité du Népal!). Je me suis réconcilié de facto avec la scène : essayez d’utiliser cette photo dans votre rapport annuel maintenant, messieurs-dames…
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Après Sir Edmund Hilary et autres explorateurs téméraires, les hippies furent les premiers étrangers à fouler le sol du Népal. À cause des modes qu’ils en ont rapportés (les vêtements de chanvres, le patchouli, la méditation transcendantale, alouette), une des premières impressions du visiteur moderne est celle d’un retour dans les années soixante-dix. À bien y regarder, cependant, on se rends compte que la présence des supporteurs de la paix et l’amour libre est davantage un souvenir qu’une présence vivante. La jadis célèbre « Freak Street » n’est plus que l’ombre d’elle-même, et le centre touristique de la ville s’est déplacé plus au Nord autour de boutiques de plein-air et d’une série de restaurants assez convenus (un italien, un pub irlandais, un Thaï, etc.).
Il reste tout de même des traces qui ne trompent pas, comme la surabondance de bars reggaes (de véritables temples dédiés au Dieu Marley), ou encore la grande présence de bands live offrant des reprises trop passionnées de tous les tubes de jeunesses des baby boomers.
Ce qui me frappe le plus, ceci dit, c’est quand j’aperçois un hippie qui s’est clairement accroché les pieds, qui persiste et signe malgré le faits que tout ses anciens comparses soient rentrés chez eux il y a plus de trente ans. Il y a ce vendeur de rues, un roux à la peau tellement blanche qu’on ne peut le méprendre pour un de ses collègues, qui tente pathétiquement de vendre des flûtes de basses qualités aux passants jour après jour. Il y a ce guitariste dans la cinquantaine, la tignasse d’argent attachée en queue de cheval, qui se rend tous les soirs dans un des restaurants huppés prisés par les diplomates de l’ONU pousser les mêmes chansons de Bob Dylan qu’il a du apprendre quand il a quitté l’Amérique pour la première fois. Et il y a ces vieux couples, marchant lentement main dans la main, qui envahissent les rues à chaque novembre en espérant en vain retrouver la magie d’antan. Même ici, il semble bien que les rêves idéalistes de cette génération disparaîtront avec eux.