Chaque coin de rue à Katmandou abrite un petit temple, comme chaque coin de rue à Londres abrite un pub et chaque coin de rue à Paris une boulangerie. Beaucoup d’hommes et de femmes prient chaque matin, en allant au travail. Il se peignent un troisième œil sur le front, déposent une fleur ou quelques grains de riz au pied de l’autel, sonnent une cloche pour avertir leur Dieu de leur offrande et, avant de quitter, glissent un petit cinq roupies (5 sous canadiens) dans le verre d’un des moines mendiants qui passent leurs nuits près des enceintes.
***
La télévision népalaise (diffusée à partir de l’Inde pour la plupart des canaux internationaux) est, comme partout ailleurs, bourrée d’émissions produites aux États-Unis. Ce qui n’empêche pas les publicités d’être adaptées aux goûts locaux. Mon annonce préférée jusqu’ici va à la 8ième saison du « Bachelor », qu’on vends ici comme étant « un mariage arrangé comme vous n’en n’avez jamais vu »…
***
Les cigarettes se vendent encore au Népal comme au temps de nos grands-parents. Rare sont les gens qui se préoccupent d’acheter des parquets entiers: leur dose de nicotine est disponible partout, tout le temps, pour 5 roupies (7 sous canadiens). Quand ils en ont envie, les népalais s’arrêtent dans n’importe quel commerce et demande une Surya (soleil en sanscrit). Le détaillant leur offre alors une cigarette accompagnée d’un briquet ou d’une allumette. Le client entame alors son bâtonnet de tabac avant de poursuivre son chemin.
***
L’avantage incontestable de ne pas avoir d’électricité (et donc d’Internet): on voit clairement les étoiles et, surtout, on a rien d’autre à faire que de les admirer.
***
L’inconvénient des pannes d’électricité et d’une connexion Internet boiteuse, c’est qu’on ne peut pas vraiment télécharger de nouvelle musique. Je suis tellement en manque de sonorités inusitées que je me surprend à m’émouvoir aux larmes quand, dans un taxi ou un restaurant, j’entends la dernière nouveauté d’une Taylor Swift ou d’un Justin Bieber.
***
En ouvrant la porte, un matin, je tombe nez à nez avec une vendeuse de légumes itinérantes. Un autre jour, je tombe face à face avec un moine mendiant. À chaque fois je commence ma journée tout sourire en me disant à quel point j’avais vu juste en prédisant que le Népal me réserverait au moins une surprise par jour.
***
Pour Noël j’ai acheté un jeu de Carrom aux enfants de mon hôte, l’équivalent indien de notre jeu de pichenotte. Je croyais qu’il devait s’agir d’un jeu britannique, puisqu’il se retrouvait de façon pratiquement identique des deux côtés du globe. Selon Wikipedia, il s’agit plutôt d’un jeu originaire du sous-continent importé en Nouvelle Angleterre par immigrants ou des missionnaires. Le Carrom népalais est plus difficile que notre version: les buts sont plus petits et les disques plus plats. Il est aussi interdit de jouer directement les disques qui tombent tout près de notre zone, ce qui empêche les coups les plus faciles. Il paraît qu’il existe aussi une version du centre du Québec, les pitchnut, dans lequel on retrouve deux vis comme “gardien” devant chaque but, et une version Canadienne anglaise, le Crokinole qui, vous n’en serez pas surpris, ressemble davantage au curling qu’au billard.
***
Quand un parent meurt au Népal, l’employé à droit à 13 jours de congés payés contre les 3 jours statutaires au Québec. C’est ce que j’appelle un peuple civilisé.