Lumières sur la ville
Un autre mois, un autre festival. Cette fois nous avons eu droit à la succession de Dasain et de Tihar qui, pris ensemble, représentent entre 7 et 14 jours de congés pour les népalais (selon qu’ils travaillent dans une petite boutique, une ONG ou au gouvernement). Ce répit permet à la plupart de retourner vers son village natal pour visiter les membres de sa famille. L’exode fut tel qu’au plus fort des festivités Katmandou avait l’air d’une ville fantôme. La surpopulation de la capitale est en effet un phénomène récent, causé par un exode rural lors de l’insurrection maoïste, et pendant quelques jours nous avons eu un aperçu de ce à quoi devait ressembler la ville il y a quinze ans : beaucoup, beaucoup plus agréable, il va s’en dire…
Les rites pratiqués durant ces festivités sont trop nombreux pour être tous racontés: je me contente donc de rapporter que chaque jour semble dédié à un Dieu ou un élément de la nature (jour du corbeau, du chien, etc.) et apporte sont lot d’activités exotiques (sacrifice de chèvres, creusage d’un trou recouvert de feuilles de bananier, attaches-cheveux faits d’une certaine herbe, etc.).
Mes moments préférées:
- La construction, peu avant le début des congés, d’immenses balançoires soutenues par quatre piliers de bambous solidement ancrés dans le sols et ployés pour se rejoindre au sommet à la manière de nos tentes de camping modernes. Toute la famille s’y amuse, certains étant particulièrement téméraires et s’élançant à plusieurs mètres du sol. La justification religieuse est assez ténue (on s’élance sur l’engin pour se pratiquer à s’envoler vers le paradis le jour de notre mort), mais (vous la voyez venir) on s’en balance…
- Les cerfs-volants embrassant le ciel maintenant clair de la capitale. Nous les avons tous vu dans des reportages sur l’Afghanistan, ces petits triangles de tissus colorés pendus au bout de mauvaises ficelles, mais ils n’en sont pas moins réjouissants de ce bout ci de la chaîne himalayenne. Le jeu est paraît-il fait de duels entre un cerf-volant coloré et un cerf-volant noir, chacun tentant de couper le fil de l’autre grâce à des morceaux de verre stratégiquement placés sur les côtés. L’idée est que les têtes ainsi libérées serviront de messager auprès des Dieux pour leur demander d’arrêter la pluie (Dasain célèbre en effet l’arrivée de la saison sèche). Les enfants que j’ai observés ne s’emblaient cependant pas se formaliser de ces règles guerrières et simplement faire voler leur appareil en toute liberté. Les cordes d’attaches sont vraiment fragiles, ceci dit, et j’ai récolté plus d’une tête égarée sur notre terrasse…
- Les trois nuits de Tihar, alors que Katmandou, ville célèbre pour ses rationnements d’électricité, s’illumine de milles lumières. C’est la partie des fêtes qui ressemble évidemment le plus à notre Noël à nous, surtout que le temps qui l’accompagne est passablement plus frais. Les lumières restent disposées un peu différemment (suspendues en lignes verticales de haut en bas des édifices plutôt que sur les arbres ou suivant les courbes des portes et des fenêtres comme chez nous) et plusieurs autres décorations apportent leur lot d’exotisme (rangées de chandelles allant du cœur de la maison à un bol d’offrande déposé dans la rue, petits panneaux illuminés de Laxmi, la déesse de la richesse – pensez aux gadgets chrétiens kitsch des années 70-80, etc.). Le clou de ces trois jours pour les népalais est l’échange d’un tikka (troisième œil rouge pausé au milieu du front des hindous) contre un petit cadeau entre frères et sœurs (la sœur appose le tikka et offre sa bénédiction, le frère fournit le cadeau). Quand un homme n’a pas de sœur, il en « adopte » souvent une, que ce soit une cousine, une amie d’enfance, etc. Ce qui attire le plus de questions des étrangers est la tradition, peu suivie aujourd’hui à ce que j’ai pu observer, de regrouper toutes les richesses de la maison (dollars, argenterie, bijoux, etc.) sur un autel dans le salon pour une longue prière dédiée à Laxmi.