Au pays du trekking
Vivre à Katmandou sans parcourir les campagnes et les montagnes de la vallée, ai-je découvert il y a quelques temps, c’est comme vivre à Ottawa sans utiliser son fabuleux réseau de pistes cyclables et de parcs. En d’autres mots, c’est passer à côté du meilleur.
Voilà pourquoi chaque fin de semaine où je suis libre je fais maintenant un trek en compagnie de collègues volontaires. Nous avons vaincus presque tous les sommets de la vallée (Nagarjun, Shivapuri, Champa Devi, Pulchowki) et avons plus récemment découvert le plaisir de dessiner nos propres itinéraires d’un village à l’autre. Tous les villages de la vallée étant reliés par un réseau ancestral de sentiers, nous pouvons en effet nous rendre à peu près n’importe où sans emprunter les routes principales.
Chaque expérience comporte au moins une surprise majeure. À moins de deux heures de taxi de Katmandou, j’ai donc, entre autres:
- Découvert une jungle, une vraie, avec une humidité extrême, des lianes et des bruits d’animaux sauvages qui rôdent;
- Été interpellé par deux policiers soutenant que la présence de bandes de armées de longs kukuris (couteaux traditionnels népalais) dans la forêt rendait notre expédition trop périlleuse. Soupçonnant un racket de protection – combiens de victimes des voleurs pourraient-ils trouver dans la montagne en pleine mousson? – nous les avons contournés et escaladés la montagne sans problème;
- Été sauvé par un sâdhu, sorte de moine reclus et halluciné. Nous étions perdu en pleine forêt et le soleil commençait à tomber quand nous avons cogné à la porte de sa petite cabane entourée de plans de marijuana. Il est sorti de peine et de misère de sa bulle avant de nous indiquer gentiment le chemin;
- Été suivi par un petit chien mignon pendant plus de six heures. Adorable au début, il avait un peu moins bonne mine après avoir traversé la pluie, la boue et les sangsues à nos côtés. Il était convaincu d’avoir trouvé de nouveaux maîtres, je crois, et il avait la mine particulièrement déconfite quand nous sommes embarqués dans l’autobus qui devait nous ramener à la maison. Je reste à ce jour convaincu que nous lui avons brisé le cœur;
- Été suivi par une meute de 10 chiens pendant près d’une heure (c’était bien assez!). Et quand j’écris suivre, je veux dire suivre. Nous avons rebroussé chemin, monté une colline, sommes restés immobiles pendant de longues minutes pour vérifier qu’ils étaient bien après nous : pas de doutes possible. On aurait dit une troupe qui profitait de l’occasion offerte (des blancs à l’odeur différente) pour pratiquer ses techniques de chasse : à peine avancions nous dans une direction qu’ils se séparaient en deux ou trois équipes pour nous intercepter sur tous les côtés à la fois. À un moment donné, nous avons croisé une femme népalaise qui nous a demandé ce que nous faisions avec tous ces chiens. Notre réponse (nous ne le savons malheureusement pas plus que vous, madame) n’a pas semblé la satisfaire. Puis, comme nous l’espérions, la meute s’est peu à peu dissipée à l’approche du prochain village : nous entrions enfin dans un autre territoire…